Au Maroc, les services secrets ne le sont plus.

Ils étaient 70 000 à travailler dans l’ombre. Les voilà en pleine lumière, avec nom, date de naissance, matricule, grade et parfois coordonnées bancaires. Une base attribuée à la DGST et à la DGSN a été jetée sur la place publique par les hackers de Jabaroot. L’authenticité intégrale reste à établir, mais d’anciens agents marocains ont déjà reconnu plusieurs noms. Même les barbouzes ne crient plus au faux. Elles cherchent surtout un nouvel imperméable.

Fiche attribuée à un service de renseignement marocain, dont le visage et toutes les informations ont été anonymisés
Exemple de fiche attribuée aux documents diffusés par Jabaroot. Visage et informations sensibles intégralement masqués par Algérie Résistance.

Panique au Makhzen.

Depuis des décennies, le royaume vend son portrait officiel. Un Maroc moderne. Stable. Modéré. Un TGV, un port géant, des usines automobiles et un roi en costume bien coupé. Le tout emballé par des armées de communicants, des relais médiatiques, des cabinets d’influence et des lobbyistes chargés de repeindre chaque lézarde en ouverture sur le monde.

Une carte postale à coups de milliards.

Une carte postale à coups de milliards.

Si le roi a vanté dans son dernier discours ce « Maroc qui avance », le peuple, lui, peut toujours courir derrière.

Ce récit était bien cadré. Très cadré. Puis, le 30 juillet, le hors-champ a traversé la frontière. À pied. À la nage. En bouée. En sous-vêtements.

Des dizaines de milliers de Marocains ont déferlé vers Ceuta. Le ministère espagnol de l’intérieur en a compté près de 50 000 en vingt-quatre heures. D’autres estimations ont porté à environ 72 000 le nombre de tentatives. Des morts. Des disparus. Des familles entières suspendues aux nouvelles d’un fils parti rejoindre l’Europe à la brasse. Les corps n’ont même pas été rapatriés.

Le soft power avait son TGV. La jeunesse marocaine a choisi la bouée.

Le soft power avait son TGV.
La jeunesse marocaine a choisi la bouée.

Voilà l’image que tous les cabinets de lobbying du royaume ne pourront pas retoucher. Quand des dizaines de milliers de citoyens profitent d’une frontière entrouverte pour fuir le pays présenté comme le miracle stable du Maghreb, ce n’est plus une crise migratoire. C’est un sondage grandeur nature. Sans institut. Sans marge d’erreur. Sans communiqué du palais.

Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’un ancien officier marocain exilé en Espagne, Abdelilah Issou, menace désormais de révéler ce qu’il présente comme « le plus grand secret » de la monarchie : l’identité du véritable père du prince héritier Moulay Hassan.

Capture d’écran d’une publication d’Abdelilah Issou sur X
Publication d’Abdelilah Issou sur X, le 25 août 2026. Capture d’écran.

Dans une monarchie construite sur la filiation, la sacralité et la continuité dynastique, menacer publiquement le roi sur la paternité de son héritier n’est pas une indiscrétion de magazine people. C’est sortir le revolver au milieu de la salle du trône.

Ambiance règlement de comptes à O.K. Corral. Version palais royal.

Les anciens agents parlent. Les fichiers sortent. Les barbouzes se reconnaissent dans les listes. Les jeunes se jettent à la mer. Les règlements de comptes franchissent les frontières. Et le Makhzen, ce système qui prétend tout savoir sur tout le monde, découvre avec horreur que tout le monde commence à tout savoir sur lui. Pegasus est devenu la marque d’un boomerang qu’il se prend en pleine figure.

Le pouvoir marocain a longtemps surveillé la société depuis une vitre sans tain. Jabaroot vient d’allumer la lumière de l’autre côté.

On comprend mieux la panique. Le problème n’est pas seulement que 70 000 noms aient fuité. Le problème est que le récit fuit de partout.

Le problème n’est pas seulement que 70 000 noms aient fuité.
Le problème est que le récit fuit de partout.

Le miracle économique ?

La fortune du roi, estimée à 5,7 milliards par Forbes en 2015, n’a cessé de croître depuis son accession au trône, tandis que la part de Marocains sous-alimentés est passée de 3,7 % en 2014 à 7 % en 2024 (source : FAO).

Une jeunesse à 29,2 % de chômage qui regarde l’Europe depuis une plage et préfère risquer la noyade plutôt que d’attendre les retombées de la prochaine campagne de communication.

On peut acheter des pages dans les journaux. Des tribunes dans les revues. Des amitiés dans les capitales. Des silences dans les rédactions. On peut financer des forums, inviter des experts, décorer des ministres et vendre la « stabilité » au mètre carré.

Mais on ne lobbyise pas une marée humaine.

On ne maquille pas éternellement la misère avec un train à grande vitesse.

On ne bâtit pas une monarchie solide sur des secrets que d’anciens serviteurs commencent à vendre au plus offrant.

Quelque chose sent la fin de règne. Pas nécessairement la chute. Les palais savent durer. Mais cette odeur particulière des systèmes qui ne savent plus qui trahit qui, qui possède quel dossier et quelle bombe sortira demain.

Au palais, chacun garde désormais un œil sur le trône et l’autre sur Telegram.

Le soft power marocain est mort.

Vive le sauve-qui-peut power.

Le roi est nu.

Comme ses 70 000 barbouzes.

Le roi est nu.
Comme ses 70 000 barbouzes.

AR
ÉDITORIAL SIGNÉ PAR

La rédaction d’Algérie Résistance

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