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DANS LE MILLE

Alger rebat les cartes du jeu européen au détriment de Paris

Par La rédaction ·
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La visite à Alger du ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul confirme l’accélération spectaculaire du rapprochement entre les deux pays. Mais derrière Berlin se dessine une stratégie algérienne plus large : diversifier ses partenariats européens avec Rome et Madrid, tandis que la relation économique avec Paris s’étiole. À rebours, donc, du récit récurrent d’une Algérie « isolée ».

Johann Wadephul n’est pas venu à Alger les mains vides. Le chef de la diplomatie allemande est accompagné d’une délégation d’entreprises et affiche clairement l’objectif : approfondir le partenariat économique et énergétique avec l’Algérie.

Ahmed Attaf reçoit Johann Wadephul au siège du ministère algérien des Affaires étrangères à Alger
Ahmed Attaf reçoit son homologue allemand Johann Wadephul au siège du ministère des Affaires étrangères, à Alger, le 31 août 2026. Photo : ministère algérien des Affaires étrangères / APS.

À Alger, le ministre allemand a qualifié le pays de « partenaire fiable » et indiqué que Berlin souhaitait négocier des contrats gaziers de long terme. (Euronews)

Ce déplacement intervient surtout moins de deux mois après la visite d’Abdelmadjid Tebboune à Berlin. Celle-ci avait débouché sur 32 accords, conventions et mémorandums dans l’énergie, l’industrie, la santé et les technologies. (AHK Algérie) Sonatrach et l’allemand VNG ont également signé un contrat prévoyant une augmentation des livraisons de gaz vers l’Allemagne à partir du 1er janvier 2027. (Sonatrach)

Berlin regarde déjà plus loin : hydrogène vert, mines, industrie et infrastructures. Le gouvernement allemand rappelle que l’Algérie ambitionne de fournir jusqu’à 10 % de la consommation européenne d’hydrogène à l’horizon 2040. (Ministère allemand des Affaires étrangères)

Rome, Madrid, Berlin : Alger diversifie

Le rapprochement allemand ne constitue pourtant pas une exception. Il s’inscrit dans une recomposition beaucoup plus large des relations de l’Algérie avec l’Europe.

Avec Rome, le partenariat est déjà stratégique. Les échanges entre l’Italie et l’Algérie ont représenté près de 12,9 milliards d’euros en 2025. L’Algérie est le premier partenaire commercial africain de l’Italie et son premier fournisseur de gaz. Près de 200 entreprises italiennes opèrent déjà dans le pays. (InfoMercatiEsteri)

Avec Madrid, la normalisation est tout aussi spectaculaire. Pedro Sánchez s’est rendu à Alger le 20 juillet et a qualifié l’Algérie de « partenaire stratégique » et de « pays ami ». L’Algérie est redevenue en 2026 le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne et les deux gouvernements ont programmé une nouvelle réunion bilatérale de haut niveau pour l’automne. (La Moncloa)

L’Union européenne demeure d’ailleurs, de très loin, le premier ensemble commercial de l’Algérie : elle représentait 49,6 % de son commerce extérieur en 2025, pour 43,4 milliards d’euros d’échanges. (Commission européenne)

Et Paris s’éloigne

C’est dans ce paysage qu’apparaît le décrochage français. Les échanges franco-algériens sont tombés de 11,1 milliards d’euros en 2024 à 9,4 milliards en 2025, soit une chute de 14,8 %. Les seules exportations françaises vers l’Algérie ont reculé de 4,8 à 4,2 milliards d’euros. (France Diplomatie)

Paris reconnaît lui-même que la crise ouverte à l’été 2024 autour du Sahara occidental s’est traduite par l’arrêt de nombreuses coopérations et par des obstacles touchant les entreprises et produits français, avec pour conséquence directe un recul du commerce bilatéral. (France Diplomatie)

Il serait prématuré d’annoncer que Berlin remplace Paris : les échanges algéro-allemands restent encore bien plus modestes, autour de 3,5 milliards d’euros en 2025. Mais la dynamique est révélatrice. Les exportations allemandes de machines vers l’Algérie ont progressé de 23 % cette même année, à 462 millions d’euros, tandis que les importations allemandes depuis l’Algérie augmentaient de 11 %. (GTAI)

L’Algérie ne quitte donc pas l’Europe. Elle change plutôt sa manière de traiter avec elle : moins de relation exclusive avec Paris, davantage de partenariats croisés avec Rome, Madrid et désormais Berlin.

Une diplomatie de diversification qui cadre assez mal avec l’image d’une Algérie solitaire que certains commentateurs français continuent pourtant de décrire.

AR
SIGNÉ PAR

La rédaction

Pour Algérie Résistance.

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